Lundi 23 mai 2016 à 20h30
Entrée 4.40€
François Maspero : Les chemins de la liberté : film d' Yves Campagna, Bruno Guichard, Jean-François Raynaud produit par Les Films du Zèbre.
Les passagers du Roissy-Express est devenu un feuilleton radiophonique diffusé en 10 épisodes sur France Culture en avril/mai 2013.
Adaptation : Gilberte Tsaï
Réalisation : Jean-Matthieu Zahnd
Conseillère littéraire: Emmanuelle Chevrière A écouter dans son intégralité.
A Quimperlé, nous avions envie de présenter plusieurs films de ce réalisateur engagé et atypique. Aussi, dans le cadre du festival Taol Kurun avec la complicité de l'association Chlorofilm le Mardi 12 janvier à 20h30 au cinéma la Bobine seront projetés deux films de Chris Marker en présence de François Maspero (entrée 3 euros) :
Les mots ont un sens (1970) - 37 minutes
Film consacré à François Maspero
A bientôt, j'espère (1967) réalisé avec Mario Marret - 37 minutes Film qui relate la grève dans l'usine de textiles Rhodiaceta de Besançon, en mars 1967, au travers des témoignages des ouvriers sur leurs conditions de travail et motivations.
Dans ce beau récit, Maspero retrace son passé d’homme en parcourant les “paysages humains” qui ont modelé l’être qu’il est. Ce livre est un diptyque : “Les Abeilles”, sont l’occasion d’évoquer la “résistance” et ses piqûres à travers les figures trop tôt disparues de son père et de son frère. “La Guêpe” est l’histoire de la “veille si petite” des guerres et massacres d’aujourd’hui (ex-Yougoslavie, Algérie) et des divers métiers exercés autour du livre par celui qui s’est nourri du miel des autres pour ne garder que “l’aiguillon”, pour devenir cette guêpe dont les livres portent les “voix de ceux (...) rencontrés un jour au bord du chemin”. Le lecteur remonte à l’origine de l’écriture : “Je me suis donc gardé au mieux d’écrire une autobiographie. J’ai seulement voulu rendre des émotions, des couleurs, des états ressentis au cours du voyage partagé avec une foule de passagers“ et parcourt ces récits patchwork, morcelés comme des territoires occupés ou divisés par une frontière, ces récits des essais d’une vie au sens de Montaigne : expériences vécues ou croisées, fragments de vies, récit de voyages et d’enfance, hommages, mémoires, autobiographie… Ce livre dessine le portrait d’un homme orphelin, voyageur, libraire, éditeur, traducteur, écrivain : le portrait de ce que l’on appelait autrefois un “humaniste”.
"Finalement, qu’ai-je tenté d’autre que ce que fit don Pedro d’Alfaroubeira dont rêva Apollinaire et qui, avec ses quatre dromadaires courut le monde et l’admira ? Il est encore permis de rêver d’un monde sillonné d’innombrables dromadaires conduits par des hommes occupés, le temps de leur passage sur terre, à l’admirer plutôt qu’à le détruire."
Le Jeu de l'ange de Carlos Ruiz Zafón traduit de l'espagnol par François Maspero aux éditions Robert Laffont, 2009
"Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voie de l’Industrie. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu'il aime le plus au monde : écrire. En plein succès, David accepte l’offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d'autant plus désespéré que la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours – et à laquelle le livre est secrètement dédié – va épouser Pedro Vidal. Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l’emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer un texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, " une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués, d’offrir leur âme ". Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour de David. En vendant sa liberté d’écrivain, aurait-il vendu son âme au diable ? Épouvanté et fasciné, David se lance dans une enquête sur ce curieux éditeur, dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l’espace." Note de l'éditeur
Maspero dit n’avoir aucune imagination et prétend que c’est toujours soi que l’on passe à travers les autres, quand on écrit. Il semble alors normal de retrouver nombre d’éléments autobiographiques dans son œuvre. Ainsi, son premier roman, Le Sourire du chat, paru en 1984, alors qu’à cinquante ans il laisse derrière lui plusieurs vies, revisite, avec l’histoire d’un adolescent surnommé le Chat, les événements tragiques et déterminants qui ont marqué l’auteur : un certain 24 juillet 1944 où la Gestapo vint arrêter ses parents, la mort de son père à Buchenwald, puis l’autre perte irrémédiable du frère, résistant, tué en Moselle à la fin de la seconde guerre mondiale. Celle-ci réapparaît dans Le Temps des Italiens (1994), roman des racines méditerranéennes de Maspero qui peut, par l’intermédiaire de Lise, le personnage principal, rendre hommage à des paysages disparus, exprimer la rébellion adolescente ainsi que son goût pour les histoires vécues ou la radio. Le Figuier (1988), son ambitieux deuxième livre, est l’occasion d’évoquer les activités qui précédèrent celle d’écrivain, à savoir, la librairie, l’édition et une passion toujours d’actualité, la traduction. L’engagement contre la guerre d’Algérie, l’Amérique Latine et ses révolutions, sont d’autres thèmes qui rappellent ses causes et amours. Un pays latino-américain est aussi le théâtre de La Plage noire (1995) où sont évoquées la désillusion face à la révolution trahie, la difficile transition de la dictature à la démocratie et les interminables queues devant les ambassades, en quête d’impossibles visas. De même, l’homme en éternel transit qu’est Maspero ne pouvait, passant à l’écriture, manquer d’aborder le récit de voyage. C’est ce qu’il fait dans Les Passagers du Roissy-Express (1990), Balkans-Transit (1997), ainsi que dans divers articles que l’on peut trouver regroupés dans Transit et Compagnie (2004).
Ces écrits reflètent une grande humilité face à l’autre. Maspero voyage avec ses doutes, son angoisse des frontières, en spécialiste de rien. Entre temps il aura sorti L’Honneur de Saint-ArnaudLes Abeilles et la guêpe, il trouve finalement ce regard qui lui permet de se pencher sur lui-même, arrive à dire «je», chose qu’il n’a pu faire qu’à partir de Balkans-Transit, et propose un retour sur son parcours, de sa « naissance à la mort » aux engagements plus récents, en passant par ses amitiés. Face à son beau désordre de vie, l’auteur navigue entre passé et présent, désenchantement et espoir. Quel est l’à venir en littérature de François Maspero ? Nul ne peut le dire, peut-être pas même lui qui ne peut plus écrire qu’animé par la « nécessité vécue ». (1993), son livre préféré, où, offrant sa vision sans complaisance d’un maréchal de France sous le Second Empire, il révèle son goût pour la chronique historique, domaine dans lequel il aurait aimé se plonger plus tôt. Cet ouvrage est aussi l’occasion de parler d’un pays déjà abordé dans Le Figuier et qui lui est cher : l’Algérie. En 2002, avec
Un homme se souvient. Son enfance dans une maison proche d’un port du Nord d’où l’on voyait les falaises d’Angleterre, à l’époque de la bourgeoisie sûre d’elle-même et des espoirs du Front Populaire. Et l’enfance de sa fille, dans une île de l’Atlantique battue par les vagues où se mêlaient histoire et légendes, et qu’elle aimait au point de rêver qu’elle y était née.
Entre les deux, la guerre, les destructions, la mort d’êtres chers, toujours vivants dans la mémoire du père que la fille interroge obstinément. Et dans le défilé des saisons contre vents et marées, François Maspero dit la vie, le bonheur fragile, l’amour partagé de la mer et de la terre charnelles.
Texte de l'éditeur
«Ils se racontent des histoires, ceux qui se bercent de l’illusion que les maisons ont une âme à elles. Si les maisons en ont une, c’est seulement celle que forme l’ensemble des âmes de ceux qui l’habitent. Jamais elles ne pourront parler à des intrus sans mémoire de la chaleur que leur communiquaient les vivants d’alors, de l’écho des voix au sein de leurs murs, des odeurs de cuisine et de fleurs, du vent de la mer qui faisait claquer les volets. L’âme des maisons ne survit que dans le souvenir de ceux qui y ont vécu. »
Chris Marker par Bamchade Pourvali édité par Les Cahier du cinéma (coll. Les petit Cahiers), 2003
"Chris Marker est l’une des personnalités les plus attachantes et les plus insaisissables du cinéma français, qui allie à un certain type de discours « bourgeois » le sens de l’engagement politique pur et dur, à l’abri de toute sclérose idéologique. Il concilie son héritage du classicisme français avec une sympathie évidente pour toutes les formes de révolutions culturelles et corrige ses tranquilles certitudes par l’instabilité des grands rêveurs." Note de l'éditeur
Chris Marker, écrivain multimédia ou voyage à travers les médias par Guy Gauthier aux éditions de L'Harmattan.
"Parcourir la filmographie de Chris Marker, c'est lire en accéléré l'histoire de la seconde moitié du XXè siècle, celle des idéologies, des mouvements intellectuels, mais surtout des techniques audiovisuelles. De la photographie au CD-Rom, en passant par tous les formats cinématographiques, la vidéo, la télévision, l'image virtuelle, il a exploré dès leur apparition, les innovations qui ont bouleversé et perpétué l'art des images." Note de l'éditeur
Recherches sur Chris Marker dirigé par Philippe Dubois aux édition de IRCAV, 2002
"Issu des travaux de recherche entrepris par l'UFR cinéma et audiovisuel de l'université Paris III, ce numéro aborde l'oeuvre de Chris Marker depuis ses premiers "essais documentaires" des années 50 jusqu'aux travaux récents réalisés à l'aide des techniques infographiques en passant par les oeuvres plus "classiques" (La jetée, Le joli mai, Sans soleil, Le tombeau d'Alexandre...)." Note de l'éditeur
Also known as Chris Marker par Lambert, Arnaud aux éditions Le point du jour, 2008
L'univers du cinéaste est mis en lumière à travers 23 notices qui prennent en compte l'ensemble de son travail (cinéma, photographie, oeuvres multimédias, etc.)
Chris Marker et l'imprimerie du regard dirigé par André Habib et Viva Paci aux éditions de L'Harmattan, 2008
Chris Marker a tissé une oeuvre qui a marqué en profondeur le cinéma en épousant, et parfois en créant, les tendances les plus innovatrices du documentaire, du film-essai, du cinéma militant et de l'installation vidéo. Les articles ici réunis s'attachent d'abord à la technique et à ses usages et au tressage complexe habitant les oeuvres à la croisée des disciplines, des médiums et des parcours.
Le vieux quartier n’existe plus. Anaïk a suivi la démolition de sa rue, maison par maison. Elle a vu partir les vieux, exilés vers les banlieues. Elle a vu arriver les ouvriers des chantiers. Elle a vu s’installer, passagers en transit dans les logements voués à la disparition, les locataires précaires squatters, familles sans toit, immigrés d’Afrique et d’Asie. Quand tout a été terminé, quand d’autres habitants ont pris possession des tours neuves, à l’abri des codes électroniques et des interphones, la famille d’Anaïk s’était démesurément agrandie. Il lui était poussé des ramifications jusque dans les péniches des bras morts de la Seine, les couloirs du métro, les cités-dortoirs, les pavillons de banlieue, chez les gitans de la Porte de Vanves, sur tous les chemins qui, au coeur des villes, ne mènent apparemment à rien. Les photos d’Anaïk n’impliquent ni surprise, ni agression, ni viol. Elles ne comportent non plus ni mise en scène ni dramatisation. Elles participent plutôt du conte arabe ou du palabre africain. Elles sont familières plus qu’insolites-et c’est cette familiarité même qui, parfois, peut les rendre insoutenables à certains. Les visages n’y sortent pas de l’inconnu pour retourner à l’anonymat : chacun porte un nom ; à chacun s’accrochent des souvenirs, des confidences, des repas partagés, des heures vécues ensemble. Nul, pour Anaïk Frantz, n’est un étranger. L’histoire qu’elle raconte est toujours une histoire à suivre.
François Maspero avec Anaïk Frantz à Douarnenez photographie Ouest-France
"Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, de Sétif (mai-juin 1945) à Madagascar (1947), d'Haiphong (1946) à la Côte-d'Ivoire (1949-1950) et à Casablanca (1947), l'armée française a massacré des dizaines de milliers d'hommes et de femmes dont le seul tort était de revendiquer pour plus de libertés ou pour l'indépendance. Ce sont ces pages sanglantes de l'histoire de France, méconnues, voire effacées, qu'Yves Benot retrace dans ce livre. Mobilisant l'ensemble des documents disponibles, il montre comment et pourquoi les gouvernements de la IVe République, bien peu soucieux du respect de la légalité républicaine, ont choisi la voie de la répression sauvage pour préserver la cohésion de l'Empire français. Et il analyse aussi les débats auxquels cette politique a donné lieu en France même, en mettant en lumière l'opposition de certains intellectuels, de ceux des clercs qui n'ont pas trahi comme Jean-Paul Sartre ou Paul Ricœur." Note de l'éditeur
Pierre Jamet, Belle-île en mer 1930-1960 aux éditions Hengoun 2009- préface de François Maspero.
"La musique et la photographie : deux passions qui ont animé Pierre Jamet tout au long de sa vie. C’est dans la mouvance des grands photographes humanistes de son temps qu’il a saisi, durant trente années, les scènes de la vie quotidienne à Belle-Ile. Par l’intermédiaire de ses photographies, Pierre Jamet nous transmet, outre un témoignage indispensable à l’histoire belliloise, le parfum d’une époque où rêves et réalités se mêlaient avec bonheur et simplicité." Note de l'éditeur
Le peintre des batailles Arturo Pérez-Reverte traduit de l'espagnol par François Maspero aux éditions du Seuil, 2007
"Dans une ancienne tour sur les bords de la Méditerranée, où il vit retiré du monde, Faulques, un ancien photographe de guerre, compose une grande fresque circulaire et
tente de restituer ce que ni son œil ni son appareil n’ont jamais pu saisir : le paysage intemporel d’une bataille. Au bout de ses pinceaux l’accompagne l’ombre d’une femme morte dix ans auparavant. Jusqu’au jour où surgit Ivo Markovic, un Croate qui a survécu à la guerre en Bosnie et dont la photo prise par Faulques a fait le tour du monde. Markovic est venu exiger le paiement d’une dette mortelle.
Entre ces deux personnages, l’un témoin, l’autre victime de l’horreur humaine, se noue alors un drame qui pose la question essentielle de la responsabilité. Quelle part ont-ils prise à l’engrenage infernal du désordre du monde ? Ne sont-ils que les jouets d’un chaos obéissant non pas au caprice des dieux, mais à une implacable géométrie à laquelle il serait vain de vouloir se soustraire et que la science et l’art peuvent, peut-être, permettre de comprendre ? Jusqu’à quel point l’amour et la lucidité peuvent-ils aider à assumer le fait que nul n’est innocent ?
Arturo Pérez-Reverte nous livre ici son roman le plus intense et le plus dérangeant, et sans doute la clé de toute son œuvre." Note de l'éditeur
D'autres romans de Pérez-Reverte sont traduits par François Maspero.
La première page de L’ombre d’une photographe... est une illusion. L’auteur relate sa rencontre avec Gerda Taro à Paris où, à plus de 90 ans, elle vit entourée de ses clichés de chats. Le 25 juin 1937, à la veille de ses vingt-sept ans, Gerda Taro, reporter photographe, est tuée alors qu’elle vient de couvrir les violents combats de Brunete. Qu’est-il resté de celle que les soldats républicains appelaient la pequeña rubia, cette jeune femme dont le poète espagnol Rafael Alberti disait qu’elle avait «le sourire d’une jeunesse immortelle» ? Pendant des années, son souvenir n’a survécu que dans l’ombre de celui de Robert Capa, dont elle avait été la compagne. Partir aujourd’hui à la recherche de Gerda Taro et de son oeuvre longtemps disparue, ce n’est pas seulement faire revivre une ombre. C’est, à travers le portrait d’une artiste convaincue de participer à la construction d’un monde meilleur, remonter aux origines du photo-reportage tel qu’elle et ses amis (Capa, David Seymour, André Kertész) le concevaient. C’est s’interroger sur le sens de la photo prise comme une tentative de langage universel. C’est, en suivant l’itinéraire d’une femme belle, libre, engagée, retrouver les formidables espoirs et les terribles angoisses des années qui ont précédé la Deuxième Guerre mondiale.
"S’il fallait définir Gerda par un seul mot, ce serait celui qui manque cruellement sur le monument de Leipzig : liberté. Un mot qui exclut justement la soumission à toute discipline de parti. Parce que sa vie c’est cela : sa liberté de femme, sa liberté de corps, sa liberté d’esprit."
Lise Manuel, Gilles et Luc sont des amis de longue date : ils sont tous quatre grands reporters, mais ont aussi un passé commun de militants politiques. Manuel et Lise ont travaillé longtemps en tandem à l’étranger, lui pour la presse écrite, elle pour la radio. Puis Lise s’est mise à voyager en compagnie de Gilles, photographe, tandis que Manuel continuait seul, sans perdre de vue ses deux amis. Quant à Luc, il a d’abord été imprimeur, avant de tout lâcher pour devenir lui aussi journaliste. Et c’est par une connaissance commune que Manuel, Gilles et Lise l’ont rencontré. Nés dans les années 1925-1930, ils se sont tous plus ou moins engagés dans les luttes révolutionnaires des années 1960. Certains sont revenus de leurs idéaux. D’autres y croient encore. Demeure en tout cas chez eux l’espoir d’un monde meilleur. Au fil des quatorze textes qui composent ce livre, le lecteur reconstitue ces vies données en pointillés. Croisant la grande histoire, celle de la guerre, des tragédies, des traumatismes et celle du quotidien dans son écoulement inexorable et dérisoire, François Maspero convoque les personnages de ses oeuvres précédentes dans une fresque en forme de mosaïque, comme une autobiographie disséminée.
"Il se souvint soudain d’autres oiseaux, très lointains dans sa mémoire. Où était-ce ? Là-bas, sur cette autre île aux portes de l’océan qu’il avait quittée dans la brume et où il n’était jamais revenu. La chambre où Claire et lui s’étaient réchauffés l’un contre l’autre comme des enfants égarés, le passage régulier du faisceau du grand phare à travers les volets, l’appel de la corne de brume, les oiseaux qui avaient cogné à la fenêtre à leur réveil."
Voyage à travers l’alphabet personnel de François Maspero, forcément anarchique, incomplet, dont chaque lettre ouvre sur un chemin de traverse. Du A d’Avant-propos qui présente le Carnet de Route du jeune Maspero, apprenti voyageur se préparant à un éternel transit, au V de la Ville de Varsovie en 1939, où un adolescent a l’occasion de changer la face du monde (et d’éviter les pertes irrémédiables), en tuant Hitler. En chemin, nous aurons appris comment les Baleines pètent, franchi les Frontières visibles et invisibles de l’Enfance, de la Palestine, la Bosnie, Cuba, ou encore fait un détour par la Traduction et “les mille façons d’appréhender l’autre”, ainsi que par la Photographie d’Anaïk Frantz qui combat l’opacité du regard, ou celle de Klavdij Sluban cherchant à saisir la trace du passage de la vie. À l’arrivée… Un très beau désordre d’impressions et d’images.
"J’aurais aimé voyager comme Bougainville. C’est un rêve d’enfant sur ce qui nous apparaît aujourd’hui comme l’enfance de notre monde moderne. J’aimerais savoir voyager comme John Reed. C’est le regard de l’homme qui sait aller à la rencontre des hommes, qui a dépassé l’âge du rêve, qui voit notre monde tel qu’il est et qui s’obstine pourtant encore à le rêver différent."
Une vie : celle de Lise, qui “avait tou-jours l’air un peu ailleurs” et se sentait “en transit” dans la vie normale. Son adolescence rebelle durant la seconde guerre mondiale, sur une Côte d’Azur “d’avant le déluge”, marquée par les morts et disparitions de ceux qu’elle avait aimés, son père, l’oncle Loup, le lieutenant Mario et ses “alpini”, plus victimes qu’occupants, Alice et Barbara Spajcz, amies juives déportées : tous habi-tants de son royaume de lumière et de senteurs. Quand celui-ci s’effondrera sous les bombes, puis avec l’arrivée massive des touristes, quand “le sable, trop piétiné, sera devenu sans mémoire”, Lise s’en ira vers une existence d’adulte, accompagnée de sa “famille d’ombres” et tournée vers les autres. Ce roman aux “morts éternellement jeunes et beaux”, où seuls survivent les paysages intérieurs, est aussi un hymne à la vie avec sa devise récurrente : “Lou téms passo, passo lou bén”.
"Elle descendit plusieurs fois à sa plage, par des sentiers détournés. C’est là que le lieutenant Mario vint la rejoindre, une fin d’après-midi au coucher du soleil. Il s’accroupit à son côté, le regard fixé comme elle sur la mer et l’horizon borné par les îles. Alors il se mit à parler. Il dit que c’était terminé, que Virgile allait revenir. Mais qu’Alice, Barbara et leurs parents avaient été retrouvés par les Français au moment où ils essayaient de passer en Italie. Elle ne les reverrait probablement jamais. Mais elle devait absolument se souvenir de leur nom. Il le répéta plusieurs fois et l’écrivit sur une feuille arrachée de son carnet. Il fallait, dit-il encore, il fallait qu’il y ait au moins une personne qui se souvienne d’elles." Vidéo de présentation du livre par Olivier Barrot
A partir d’une abondante bibliographie et des Lettres du maréchal de Saint-Arnaud, François Maspero nous conte son itinéraire, celui d’un de ces hommes à qui la patrie est reconnaissante. Une vie qui s’inscrit dans l’histoire politique et militaire française du XIXe siècle et qui coïncide avec les guerres coloniales en Algérie. À travers l’existence de ce personnage qui se construit un destin de héros national à coups de “bonnes guerres”, qui calcule ses promotions comme un apothicaire et dont l’ambition justifie les massacres de populations, les pillages et les trahisons, l’auteur nous interroge : sur quoi repose l’honneur d’une “gloire de la nation française” et d’un pays ? Ce “beau séducteur”, ce beau salaud de Saint-Arnaud, c’est aussi notre Histoire, et Maspero, une fois de plus, pique et dérange ceux qui seraient aveuglés par une certaine “grandeur“ de la France.
"Et c’est peut-être le jour où, lisant les lettres de Saint-Arnaud, j’ai cru voir, sur ces corps anonymes piétinés dans la neige par la colonne en marche au sortir du bourg des Beni-Naâsseur, se dessiner des visages connus ou aimés, rencontrés voici quarante ans au détour de l’Air du Lac, de la Chartreuse de la Verne ou du col du Biscarre, que m’est venu pour la première fois l’idée d’écrire ce livre. Et de raconter la vie de cet homme qui est de tous les temps et qui, à notre époque, eût été un parfait officier SS, sans autre cause que la sienne."
François Maspero sera présent dans le cadre du festival Taol Kurun le mardi 12 janvier 2010 au cinéma la Bobine de Quimperlé pour présenter deux films de Chris Marker "A bientôt, j'espère" et "Les mots ont un sens".